Composition (4) – Les éléments avancés

Bonjour les Amoureuses / eux du Monde du Silence !

Nous voici au quatrième article qui clôture un tour d’horizon de la composition photo sous-marine. Après une introduction, les éléments de bases et des conseils plus spécifiques, nous allons terminer avec quelques éléments plus avancés pour nous aider à créer des photos. Ce sont des éléments à incorporer ou à identifier lorsqu’ils sont présents afin qu’ils avantagent vos photos plutôt que de les desservir.

Allons à leur découverte.

Les lignes
La feuille crée un ligne qui mène au gastéropode dont le bord de la coquille continue la courbe amorcée. Cette ligne est diagonale. Avec la profondeur de champ limitée, cela s’arrête – comme le regard du spectateur – sur le sujet. Ce dernier est également placé sur le tiers droit de la photo. Il y a également une masse sombre et une plus claire (50/50 = équilibre). Le dessus de la coquille frôle le bord supérieur. cela donne de la tension. Les couleurs vertes et jaune orangées sont en contraste et donne de la dynamique.

Les lignes sont des éléments puissants pour composer une photo sous-marine. En effet, notre œil est attiré et suit ces lignes. C’est donc un outil qui guide le regard au travers de la photo depuis une invite à entrer dans l’image pour le mener au sujet au travers éventuellement d’éléments intermédiaires. Leur taille, leur forme, leur disposition peut donner une notion de profondeur, créer une émotion. Lorsque les lignes sont horizontales, elles suggèrent la stabilité, la tranquillité. Lorsqu’elles sont verticales elles suggèrent la puissance. Lorsqu’elles sont diagonales elles créent plutôt un sentiment de dynamisme, d’ambiguïté, de drame, de doute, de déséquilibre, de mouvement. Modifier l’image en lui appliquant un effet miroir G / D modifie donc la perception de la photo, les émotions qu’elle produit car les lignes sont inversées.

Par exemple, des lignes fuyantes donneront de la perspective à la photo. Des lignes convergentes vers le sujet donneront de l’importance à celui-ci et garderont le spectateur “collé” à celui-ci.

Le sabre forme une ligne directrice forte (la couleur presque rouge contraste avec le bleu) qui mène au visage du modèle dont la couleur des cheveux résonne avec celle de l’arme.

Ces lignes peuvent être directes comme les structures d’une épave, une branche de corail, un poisson trompette, une ligne d’ancre, … Elles peuvent aussi être induites par des contrastes de lumière (rais de lumière), des masses visuelles ou encore suggérées par le prolongement d’un élément ou la répétition d’un motif, les contours d’un ensemble, …

Les lignes peuvent être grosses ou minces, longues ou courtes, droites ou courbes, … Brefs elles ont de multiples formes. Les reconnaître permet de mieux composer nos photos: que ce soit pour les utiliser à bon escient ou éviter des les incorporer car elles troubleraient la lecture de la photo.

Suggérer la profondeur

Nous le savons, nos photos sont une représentation en 2 dimensions d’un monde en 3 dimensions. Si certaines photos n’ont pas besoin de rendre cet aspect, d’autres seront plus impressionnantes si elles peuvent donner une idée des dimensions, des éloignements. Il ne s’agit donc pas uniquement de la profondeur à laquelle nous prenons la photos, mais la profondeur dans l’image. Cette suggestion des 3 dimensions, nous pouvons la créer grâce à différentes astuces. Nous allons voir 6 façons que nous pouvons utiliser pour en rendre compte.

  • Mettre en place différents sujets qui sont situés à différentes distances.
La jolie flabeline est précédée de quelques cnidaires qu’elle va déguster et à l’arrière l y a aussi quelques branches. Il y a donc un avant et un après.

Nous pouvons mettre un sujet au premier plan, un plan moyen avec un sujet secondaire et la surface en arrière-plan. Cette gradation dans son contexte peut donner une notion d’espace, de dispersion spatiale suggérant la troisième dimension perdue.

  • Utiliser des sujets de différentes tailles.

Avec la mise en scène à différentes distances de sujets dont les tailles sont connues, leurs tailles respectives sur l’image induit ipso facto une notion de distance puisque nous savons que ce qui est le plus petit est le plus loin. L’utilisation d’un objectif grand-angle pour faire de la photo CFWA (Close Focus Wide Angle = mise au point proche avec un grand angle) permet d’exagérer cet effet. En plaçant un sujet naturellement petit proche de l’objectif, il prendra de l’importance en taille relative sur la photo. En plaçant en arrière-plan un plongeur beaucoup plus grand dans l’absolu et rendu petit par la distance (et plus petit ou aussi grand en relatif que le petit sujet au premier plan sur la photo), nous exagérons cet effet de distance.

  • Les lignes de fuite
La petite épave est en diagonale (dynamisme) et forme une ogive allongée qui s’éloigne vers la droite. De même elle est plus sombre. Ces deux éléments se renforcent pour donner de la profondeur à l’image.

Typiquement, les rais de lumière qui s’enfoncent dans le bleu donnent une sensation de puits, d’infini. Les structures d’une épave, les cordes d’un filet, la ligne d’ancre permettent de donnent de la dimension en plus de relation entre des éléments et des formes induites. C’est un des rôles possibles que peuvent jouer les lignes vues précédemment.

  • Les couleurs et le contraste
Les colonies d’ascidies proches sont pleines de couleurs et deviennent progressivement ternes et sombres au fur et à mesure qu’elles sont éloignées. La fuite vers le haut donne un sentiment de puissance et de stabilité grâce à la forme triangulaire du pilier qui monte.

Comme vous le savez, l’eau absorbe les couleurs et diffuse la lumière. Il en résulte avec la distance une perte de couleur et de contraste. Dès lors, lorsque vous avez une photo d’ambiance, en mettant par exemple une épave en perspective elle perdra progressivement de la couleur, de la luminosité et du contraste. En fonction de l’eau, elle pourra même sembler disparaître dans un brouillard. Ce sont des conditions idéales pour rendre compte de la profondeur.

  • La juxtaposition

Cette façon de faire est similaire au premier point. En plaçant des éléments sur différents plans devant et derrière le sujet nous donnons une notion de profondeur. En effet, ces éléments ne seront pas dans le même plan de focus que le sujet principal et ils seront plus ou moins flous. Ceci nous donne instinctivement une indication de spatialité.

  • L’éclairage
Le corail est pris en biais. La lumière donne des ombres légères donnant l’information de volume. L’information de distance est donnée avec le flou qui apparaît progressivement avec l’éloignement. Sony RX100-M5 ISO 125 – 70 mm + pré-objectif Macro – f 8.0 – 1/160s

En jouant sur la position de l’éclairage et des ombres qui sont produites, nous donnons de l’information à nos yeux et notre cerveau sur les formes de ce qui est photographié. Cela nous permet d’effectuer un rendu des objets, des surfaces.

Un exemple facile à traiter, car il ne bouge pas, sont les surfaces avec une texture comme un corail cerveau, une colonie d’ascidies ou une éponge encroûtante. Nous pouvons alors tester la position de nos flashs pour créer des ombres plus ou moins prononcées, plus moins allongées. Plus la source sera proche, plus les ombres seront prononcées, plus la lumière sera rasante, plus les ombres seront longues. Si votre source de lumière est juste en face du sujet, il n’y a plus d’ombre, ni d’information de la structure ou de la texture. Seul un motif “aplati” est visible. En jouant avec la positon (gauche / droite, bas / haut, proche / éloigné) d’un ou des deux flashs / lampes, vous influencez le rendu des ombres et donc la perception du relief.

Équilibre et balance
De face, l’hippocampe est symétrique. Sa tête et ses yeux sont donc centrés.

Lorsque nous observons nos photos, nous pouvons les trouver fades ou dérangeantes. Elles peuvent avoir un trop grand espace vide qui n’apporte rien. Ou encore, la symétrie voulue n’est pas réussie. Ces exemples montrent l’importance des équilibres, de la balance des éléments présents dans la photo. Il est donc nécessaire de pouvoir identifier ces relations d’équilibre / déséquilibre, ces relations de force entre les éléments ou leur absence (les vides). A tout le moins, lors du passage en revue de nos photos, nous devons pouvoir identifier les photos qui nous déplaisent et mettre le doigt suer les raisons de cela.

Cet exercice est précieux car outre se complaire à regarder ce que l’on aime, ce que l’on a réussi, cela nous apporte surtout des pistes sur ce que l’on peut améliorer (plus de symétrie, une meilleure gestion des espaces négatifs, la mise en évidence du sujet, le placements pour créer une forme géométrique, …), ce que l’on peut investiguer comme nouvelle approche. Dans une certaine mesure, l’édition (recadrage, miroir vertical / horizontal, rotation, …) permet de jouer quelque peu avec certaines de ces caractéristiques. C’est néanmoins le travail à la prise de vue qui vous permettra de progresser le plus.

Le sujet qui est symétrique est centré pour l’équilibre de la photo et l’arrière-plan gênant a été rendu flou en ouvrant le diaphragme.

Par exemple, un sujet placé canoniquement selon la règle des tiers peut créer un déséquilibre désagréable suite à un espace négatif (vide) trop important. Il faut alors chercher à le remplir avec un sujet secondaire (plongeur, soleil, ligne de fuite, …)

Lorsque le sujet présente une symétrie, il est intéressant de la respecter en centrant le sujet. Cela peut être un centrage vertical, horizontal. Le choix peut être guidé par des structures biologiques de l’animal (lignes, formes, …). Une symétrie radiale comme pour les échinodermes (étoiles de mer, oursin, …), les méduses, le polype d’un corail, un œil, … peut amener assez naturellement à centrer complètement le sujet.

Les lignes créées par le câble forment un cadre au centre duquel le plongeur se trouve. Le soleil et ses rais de lumières ajoute au contraste de la photo.

Pour terminer ce point, nous ne devons pas oublier que le cadre naturel dans lequel nous prenons nos photos peut nous offrir des éléments qui stabilisent l’image:

  • Les structures d’une épave
  • Un anneau ou un hublot
  • Le trou de la murène ou de la blennie
  • Les parois d’une cavité
Juxtaposition

La juxtaposition c’est placer en relation (proximité) dans la même photo des éléments qui peuvent être similaires, en opposition sur

Un poisson et son parasite qui lui suce le sang. Ces deux sujets sont juxtaposés dans la photo (et dans la réalité). Il y a donc une tension entre la victime (le poisson suggéré par sa nageoire) et le parasite bien exposé. Il y a un contraste de couleur qui renforce la tension. Similairement la nageoire du poisson a des lignes horizontales le parasite a des liges verticales. Les deux sujets ont la même orientation. L’arrière-plan est flou pour ne pas gêner et mettre en évidence la scène avec nos deux sujets.

base d’une ou plusieurs caractéristiques. Ces caractéristiques peuvent être parmi les exemples suivants.

  • Sujet: deux (ou plus) poissons identiques qui sont proches (sans se couper cf. amputation). La disposition des sujets pourra induire différentes émotions (2 créant une ligne dynamique ou pas, 3 formant un triangle, …)
  • Formes: un groupe de poissons formant une pyramide (triangle) qui pointe vers le soleil (rond). Ce sont des formes différentes qui produisent des effets similaires: stabilité du triangle sur sa base et cercle du soleil qui suggère la douceur.
  • Textures: du granuleux sur du lisse est une forme de contraste lié au sens du touché.
  • Couleurs: un poisson jaune sur un fond bleu (opposition) donne du dynamisme à la photo. Inversement, un lièvre de mer dans des algues brunes ou vertes suggère plus de tranquillité car les couleurs sont similaires.
  • Biologie: une proie et son prédateur, un parent et son juvénile, un poisson qui garde ses œufs, … cela raconte une histoire à qui peut la reconnaître. Cette histoire peut être stressante (proie & prédateur) ou relaxante (parent – juvénile)
  • Luminance: le clair et l’obscure permettent de jouer avec les contrastes pour créer plus ou moins de drame.

Ces éléments ne sont pas exhaustifs et peuvent se retrouver à plusieurs dans une même image avec une importance différente. Leur choix permet de mettre plus ou moins d’intérêt, de tension ou de calme, de stabilité dans l’image. 

N.B. Comme mentionné plus haut, la juxtaposition permet aussi de créer de la profondeur dans l’image.

CONCLUSION

Nous voici au terme de la série de 4 articles dédiés à la composition. Comme vous l’avez constaté, les différents éléments de composition sont rarement isolés: les lignes peuvent créer des formes et être composées de couleurs le tout dans une ambiance lumineuse plus ou moins contrastée, … Ces éléments ne sont donc pas rangés dans leur petit tiroir. Ils sont interconnectés. C’est, à mon sens une bonne chose car cela nous permet de s’en rappeler plus facilement et de les utiliser pour se renforcer mutuellement. 

D’autre part, ces “outils” ne constituent pas tout ce qui existe dans l’art de la composition. Il y a d’autres éléments qui dérivent de ceux-ci ou qui s’en rapprochent (exemple les surfaces, les volumes, les couleurs, …). Il y a des tas de livres qui traitent de ces sujets de façon détaillée.

J’ai voulu vous offrir ici un peu plus qu’une introduction basique en vous présentant une palette déjà bien fournie qui vous permet de progresser. Il n’y a pas de recette magique. Comme tout artiste (oui, vous êtes un artiste qui cherche a exprimer votre vision du monde au travers de l’art photographique: par exemple montrer au mieux un sujet que vous trouvez beau) vous devez vous approprier les (ou un certain nombre) d’outils pour créer vos œuvres.

Il y aura également à l’avenir d’autres articles qui présenteront plus en détail des éléments de composition particuliers afin d’enrichir votre boite à outils.

Bonus

Si vous avez lu d’autres de mes articles, vous avez sans doute déjà lu ce conseil bonus. Le relire ne peut que vous faire du bien: soit vous le rappeler, soit vous conforter dans votre pratique actuelle.

Pratiquez. Encore et toujours avec intention. Et pas que sous l’eau: nous n’y sommes pas assez souvent, ni assez longtemps  !
La gorgone a l’air beaucoup plus grande que le plongeur. C’est trompeur car le plongeur est plus loin et surtout, la gorgone est plus proche et sa taille est exagérée par les propriétés optiques du grand-angle. Sony RW100-M5 – ISO 160 – 27 mm + pré-objectif grand angle – f 5.0 – 1/160 s.

En tous les cas c’est mon cas. Il faut alors saisir les occasions de faire des photos et de travailler la composition à d’autres moments (sur terre). La composition n’y est pas plus facile. Nous pouvons cependant nous y consacrer plus pleinement car nous n’avons pas tous les autres paramètres de la plongée à gérer (matériel, profondeur, consommation, durée, paliers, équilibrage, binôme, orientation, …). Vous entraînerez votre cerveau / votre œil à composer vos photos. Prenez donc votre appareil photo (celui que vous utilisez en plongée) et faites des séances de composition: de la macro / proxy, de la nature, de l’architecture, …

J’espère que ce voyage dans le monde de la composition vous aura plu. D’ici notre prochain échange, je vous souhaite de bonnes plongées, de belles photos et n’hésitez pas à me laisser un commentaire pour partager votre expérience, vos idées de composition.

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